Améliorer la connaissance écologique du territoire grâce aux données : l’exemple de la MRC de L’Assomption

Des données territoriales pour soutenir la prise de décision municipale

Dans le monde municipal, la qualité des données territoriales influence directement la capacité d’agir. Les municipalités régionales de comté (MRC), comme les villes, s’appuient sur leurs bases cartographiques pour orienter l’aménagement du territoire, prioriser la conservation des milieux naturels et encadrer le développement. Lorsque ces données sont à jour, précises et bien exploitées, elles deviennent un puissant levier décisionnel. À l’inverse, des données obsolètes ou fragmentaires peuvent limiter l’efficacité des décisions et des interventions.

Dans un contexte marqué par les changements climatiques, la perte de biodiversité et l’évolution des exigences réglementaires, les MRC et les municipalités doivent s’appuyer sur des données territoriales fiables pour orienter leurs décisions. La cartographie des milieux naturels, l’analyse de la connectivité écologique et l’évaluation de la résilience des infrastructures naturelles constituent aujourd’hui des outils essentiels pour soutenir une planification territoriale durable.

Parmi les dossiers actuellement à la charge des MRC, les orientations gouvernementales en aménagement du territoire (OGAT) appellent les MRC à intégrer la connectivité écologique, la résilience des écosystèmes et l’adaptation aux changements climatiques dans leurs pratiques. Cela suppose non seulement d’avoir accès à des données de qualité et à jour, mais aussi de savoir les transformer en diagnostics pertinents et en actions concrètes.

C’est ce qu’Habitat a entrepris de faire avec la MRC de L’Assomption dans le cadre de la mise à jour et de l’approfondissement de son Plan régional des milieux naturels (PRMN), initialement élaboré en 2021-2022 par Habitat.

Mettre à jour la cartographie des milieux naturels pour mieux planifier le territoire

La démarche repose sur une idée simple, mais structurante : mieux connaître pour mieux agir. Elle s’articule autour de trois étapes clés :

  1. La mise à jour de la cartographie

  2. L’analyse écologique du territoire

  3. La priorisation des interventions.

La première étape consistait en une mise à jour en profondeur de la cartographie des milieux naturels. Cette étape a permis d’intégrer des données récentes, notamment issues du LiDAR, de l’imagerie satellitaire et des inventaires écoforestiers. L’ajout d’une cartographie détaillée de la canopée, incluant les arbres en milieu urbain, constitue un apport majeur. Parmi les autres améliorations apportées depuis le précédent PRMN, Habitat a affiné la classification des milieux humides afin de mieux distinguer les milieux humides ouverts des milieux humides boisés.

Cette étape d’actualisation a permis de dresser un portrait plus fidèle de l’occupation du sol, révélant à la fois les transformations récentes du territoire et les dynamiques écologiques en cours. Elle constitue une base solide sur laquelle reposent toutes les analyses subséquentes.

La connectivité écologique au cœur des analyses

Cette base cartographique actualisée a servi à approfondir l’analyse de la connectivité écologique du territoire — l’une des spécialités d’Habitat, et un concept central en écologie pour assurer la pérennité des espèces et des écosystèmes. En effet, à long terme, la dégradation des écosystèmes (par ex. fragmentation, urbanisation, déforestation, pollution) et la perturbation des espèces peuvent réduire la capacité des écosystèmes à fournir les services écosystémiques essentiels au bien-être de la population.

En combinant plusieurs méthodes d’analyse et en s’appuyant sur des espèces fauniques de référence, Habitat a pu modéliser et délimiter les corridors écologiques les plus importants à l’échelle du territoire. Ces analyses ont permis d’identifier cinq grands corridors prioritaires, reliant les principaux réservoirs de biodiversité. Elles ont également mis en lumière les zones davantage fragmentées, notamment par les développements urbains et agricoles, ainsi que le rôle clé des cours d’eau et des massifs forestiers dans le maintien de la connectivité.

Transformer les analyses écologiques en actions concrètes

L’un des principaux apports du projet réside dans la traduction des analyses en recommandations concrètes, directement opérationnelles et adaptées aux réalités municipales.

À partir de la priorisation des corridors écologiques, des actions ont été définies et spatialement localisées. Les interventions visent à répondre à un large éventail d’enjeux, allant de la protection des milieux naturels à la restauration de zones dégradées, en passant par l’aménagement de corridors écologiques, la gestion durable des usages et la mobilisation des acteurs locaux.

Ces recommandations incluent notamment :

  • L’élargissement des bandes riveraines et la stabilisation des berges;

  • La création de corridors boisés dans les secteurs de fragmentation;

  • L’installation de passages fauniques sous certaines infrastructures routières;

  • La mise en place de pratiques agricoles favorables à la biodiversité;

  • Le recours à des mécanismes de conservation volontaire.

Cette approche intégrée mobilise une diversité d’acteurs — municipalités, organismes de conservation, producteurs agricoles et citoyens — afin de favoriser une mise en œuvre à long terme adaptée aux multiples réalités du territoire.

La MRC dispose désormais d’une série de recommandations accompagnées d’indicateurs de suivi, utiles autant pour le travail de ses équipes internes que pour ses démarches de communication et de sensibilisation auprès de la population.

Les analyses présentées dans ce projet peuvent également alimenter d'autres démarches municipales, comme l'élaboration d'un plan de conservation des milieux naturels, la mise à jour d'un Plan régional des milieux naturels (PRMN), le développement d'une stratégie de connectivité écologique ou la planification de la forêt urbaine.

 

Renforcer la résilience climatique grâce à la forêt urbaine

Au-delà de la connectivité écologique, le projet met un accent particulier sur la résilience du territoire, notamment par l’analyse de la forêt urbaine.

En étudiant la vulnérabilité des arbres aux menaces climatiques (augmentation des températures, verglas et inondations) et biologiques (insectes et maladies), ainsi que la diversité fonctionnelle des espèces, Habitat a pu identifier les secteurs les plus à risque de la MRC et orienter les efforts de plantation.

À la suite de ces analyses, la MRC dispose maintenant de cartographies précises des secteurs vulnérables à chacune des menaces étudiées. Associés à une liste d’espèces d’arbres documentant leurs caractéristiques et leurs conditions de réussite, ces résultats offrent un outil clé en main pour orienter les futures actions de plantation et favoriser le développement d’une canopée urbaine résiliente, capable de continuer à fournir des services écosystémiques essentiels à la population.

Cette analyse fine permet de dépasser une logique de verdissement uniforme pour privilégier des plantations ciblées, adaptées aux conditions locales et aux risques climatiques futurs. Elle contribue ainsi à renforcer simultanément la biodiversité, le confort et la santé de la population, ainsi que la capacité d’adaptation du territoire.

Il s’agit précisément des facteurs qui motivent les nombreuses démarches en cours au Québec en matière d’aménagement durable du territoire, de résilience climatique et de protection de la biodiversité.

 

Votre MRC ou votre municipalité souhaite mettre à jour sa cartographie des milieux naturels, identifier des corridors écologiques prioritaires ou renforcer la résilience de sa forêt urbaine?

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